La nature a horreur du vide, et certains dessinateurs interprètent cette idée un peu trop au premier degré.
Certes, il est utile et important d'avoir des images denses, mais à certains moments, il peut être utile, intéressant et pertinent de laisser respirer le lecteur. Voici donc un conseil un peu contre-nature.
L'espace négatif en bande dessinée et en illustration, c'est l'art du vide, du non-dessiné qui raconte. C'est la partie de votre composition qui n'est pas occupée par le sujet principal ou les éléments graphiques dominants. Ces zones apparemment « vides » — qu'elles soient blanches, noires ou de toute autre couleur unie — jouent un rôle essentiel dans votre narration visuelle.
Ces espaces entourent vos personnages, objets, bulles de dialogue et autres éléments visuels.
Loin d'être inutile, l'espace négatif est un outil narratif puissant. Il crée du contraste, dirige l'attention du lecteur, suggère des ambiances et rythme votre récit. C'est le contrepoint qui donne du relief à vos dessins, permettant de dire beaucoup avec peu et laissant l'imagination du lecteur combler les vides.
Le cerveau humain adore remplir les blancs : ce sont des espaces dans votre narration que vous laissez à la libre disposition de votre lecteur, tout en lui donnant l'opportunité de s'immerger dans votre univers.
Voici quelques exemples d'utilisation de l'espace négatif.
L'isolement

La solitude d'une maison sur son promontoire, tout en jouant avec le contraste entre la douceur des nuages et la forme menaçante de la falaise.
L'angoisse

Le contraste entre l'espace de sécurité en blanc et la zone de danger en noir, plus importante, rend l'image assez angoissante.
La menace

L'espace négatif en blanc met en évidence la menace créée par l'espace négatif noir : la main se resserre et réduit l'espace blanc libre autour du personnage.
La sérénité

L'espace négatif peut aussi servir à transmettre des émotions positives. Dans cet exemple, la solitude n'est pas angoissante : les nuages gris créent une transition douce entre le ciel étoilé et le personnage, et l'émerveillement est induit par la hauteur et le contraste entre le noir du ciel et les points blancs des étoiles.
Angoisse et espoir

Le contraste entre la longueur de l'espace noir et la sortie en blanc, qui fixe l'objectif du personnage, crée ce sentiment d'angoisse — l'espoir étant au bout du long espace horizontal noir.